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1939, un dernier été

Ruth Zylberman

France • 2O19• 1h00

Présenté par Ruth Zylberman

En partenariat avec le Cercil – Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv

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L’été 39 ne fut pas le dernier été, mais il fut un dernier été :  des journées où le sentiment de la menace le disputait avec l’espoir de vivre, de contempler le bleu du ciel, d’écrire, de moissonner, d’aimer, d’échapper, en somme, à l’histoire. Comme chaque année les cinéastes amateurs capturèrent sur leurs pellicules 8 ou 16 millimètres, les bonheurs infimes de l’été. Mais comment furent-elles vécues ces dernières semaines par ces hommes et ces femmes plongés dans le cours de jours qui n’étaient pas encore devenus « l’Histoire » ? 

Un dernier été est une plongée au milieu de corps, de paysages saisis dans des journaux intimes, des lettres et surtout dans des films amateurs retrouvés partout en France : des images exceptionnelles qui nous ramènent le passé dans toute la force de sensations et d’émotions du présent qu’il fut.

Note d'intention de Ruth Zylberman

Cet été-là où l’on célébrait les 150 ans de la Révolution Française, où sortaient au cinéma La Règle du Jeu de Jean Renoir et La Chevauchée Fantastique de John Ford, cet été-là où la mode était aux manches gigots et aux tissus à motifs de pois noir et blanc, cet été-là où Gustave Faulcher, paysan du Languedoc, comme chaque année moissonnait ses champs, où l’écrivain Raymond Queneau s’interrogeait sur la sortie de son prochain roman chez Gallimard pendant ses vacances au Havre, où Simone de Beauvoir partait en randonnée avant de retrouver Jean-Paul Sartre à Marseille, cet été-là où une jeune parisienne, Germaine écrivait quotidiennement à son amoureux Marc qu’il était son univers, cet été- là où le journaliste Pierre Brossolette prenait pour la première fois depuis longtemps des vacances familiales à Saint-Jean-de-Luz, persuadé qu’il lui fallait prendre des forces pour les années tragiques qu’il pressentait, cet été-là où la toute jeune star de cinéma Corinne Luchaire faisait les beaux jours de la saison Deauvilloise et où le ministre de l’Education Jean Zay s’affairait à mettre sur pied pour le 1er septembre ce qui serait le festival de la liberté, le premier Festival de Cannes.

Ce radieux été 39, nombreux furent, aux quatre coins de la France, les chroniqueurs anonymes ou plus connus à en noter dans leurs journaux intimes ou leurs lettres, la beauté, la chaleur. Comme chaque été aussi, les cinéastes amateurs capturèrent sur leurs pellicules 8 ou 16 millimètres, les bonheurs infimes d’enfants dansant en silhouette au bord de la mer, les processions naïves de petites communiantes en robes blanches. Parfois en noir et blanc, parfois en couleur, les mers scintillent, les ciels resplendissent.

Alors évidemment, la Tchécoslovaquie dont le sort avait été bradé au mois de septembre précédent à Munich était désormais envahie, évidemment des récits parvenaient d’Allemagne, publiés dans les journaux sur des camps de concentrations où étaient enfermés juifs et anti-hitlériens, évidemment, les vaincus de la République Espagnole étaient enfermés dans des camps du Sud d’où, derrière les barbelés, ils pouvaient voir passer la 19e étape du Tour de France entre Toulouse et Pau, évidemment les enfants entendaient sans comprendre répéter le nom de ce mystérieux « couloir du Dancing », le corridor de Dantzig qu’Hitler voulait désormais annexer. Evidemment les pessimistes s’alarmaient, d’autres, tel le journaliste Marcel Déat, refusaient à corps et à cris de mourir pour cette lointaine Dantzig au nom imprononçable.

Mais cette guerre que l’on avait crue si proche en septembre 1938 était peut- être encore une fois évitable. Peut-être tout ceci n’était-il que gesticulations diplomatiques, peut-être qu’il serait possible surtout d’échapper au renouvellement des massacres de la Grande Guerre, celle, terrible de 14-18 dont chaque famille française portait la trace. Peut-être serait-il possible de vivre enfin, de contempler le bleu du ciel, d’écrire, de moissonner, d’aimer, d’échapper à l’histoire ?

Ce sont les « journées frontières » de l’été 1939 dont nous savons, nous, qu’elles précédèrent cinq années de cataclysme qui projetteraient tous ces filmeurs, ces filmés, ces diaristes dans un monde radicalement bouleversé. Mais comment furent-elles vécues, ressenties ces semaines, pour tous ceux, plus ou moins lucides, qui n’en connaissaient pas avec certitude l’issue ? J’ai voulu évoquer cet été 39 en retrouvant cette position, ce point de vue : celui d’hommes et de femmes pris dans le cours de jours qui ne sont pas encore devenus « l’Histoire » ?

Un Dernier été est une plongée sensible au cœur de l’été 1939, une plongée au milieu de corps, de paysages saisis dans des films amateurs retrouvés partout en France, une plongée aussi dans des textes, journaux intimes, lettres, qui racontent par ceux qui l’ont vécu, le sentiment de la menace, de l’urgence, dissipés ou non par le déni, l’incrédulité ou tout simplement par la volonté de vivre. Ces images exceptionnelles nous ramènent le passé dans toute la force, la fraîcheur de sensations et d’émotions contradictoires du présent qu’il fut.


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À la frontière
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